Baromètre MGEN / Solidaris « Confiance et Bien-être 2019 »
 
Pour la quatrième année consécutive, le groupe MGEN – avec le soutien de la mutuelle belge Solidaris - mène une enquête sur la confiance et le bien-être des Français, réalisée par OpinionWay et l’institut Solidaris. Quel est le moral des Français, leur rapport à la société, au travail, leur vision de leur santé ? Résultats du baromètre 2019 et analyse par Michel Wieviorka, directeur d'études à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales.

25 novembre 2019

« En tant qu’acteur global de santé et de société, il est important pour la MGEN de comprendre la société dans laquelle les Français évoluent pour comprendre leurs besoins, et construire avec eux une société plus juste et plus solidaire où il fait bon vivre. Les résultats 2019 de notre baromètre et la nouvelle baisse de l’indice de confiance renforcent notre conviction à agir encore plus sur les sujets de société pour bâtir avec nos adhérents les réponses qu'ils attendent », indique Roland Berthilier, président du groupe MGEN.

Indice global de bien-être
L’indice global de bien-être, qui s’établit sur une échelle de 0 à 100, est passé à 57,5 en 2019, soit une baisse de - 1,8 par rapport à 2018 (59,3).
 
  • Chez les femmes
La baisse observée en 2019 touche les deux sexes, alors qu’elle concernait uniquement les femmes en 2018. La santé physique est le seul indicateur plus favorable chez les femmes.
L’estime de soi tombe à 46,8 (écart de 5 par rapport aux hommes) avec un recul de près de 10 points en 1 an. Et la santé mentale des femmes chute à 58,7, avec un recul de près de 8 points en 1 an.
  • Selon les tranches d’âge
Les 40/59 ans restent la tranche d’âge avec le plus faible indice de bien-être et de confiance : 54,7. Pour les moins de 40 ans, indice global de 57,2. Génération tirée par une bonne santé physique, elle dégringole en termes de qualité du relationnel, conditions objectives de vie et en estime de soi. Les plus de 60 ans ont l’indice le plus élevé : 61,1 avec une auto-perception de leurs santés physique et mentale en hausse.
 
Eclairage Michel Wieviorka 
Dans l’ensemble, le sentiment de bien-être et la confiance continuent de s’éroder, chez les hommes comme les femmes. Mais il ne faut pas dramatiser, c’est une baisse qui n’a rien de spectaculaire, ces variations sont cohérentes dans l’ensemble.
De tous ces indicateurs, la santé physique est l’indicateur le plus objectivable, qui me fait penser au livre d’Hervé Le Bras « Se sentir mal dans une France qui va bien ».
 
Un rapport au travail en pleine mutation
Si les cadences semblent moins problématiques, c’est le sens du travail qui semble poser question. En un an, c’est près de 20 points de recul sur cet indicateur. 54,3% des Français estiment faire un travail vraiment utile pour la société, notamment les hommes à 57,4% contre 51,5% chez les femmes.
47% des Français estiment que la cadence de travail est vraiment élevée contre 56,6% en 2018. 40,5% ressentent un fort stress aux études/au travail, contre 48,9% en 2018.
Pourtant, 43,3% des Français considèrent que leur travail ou leurs études leur procurent une réelle source de bien-être contre 49,5% en 2018.
Notamment, ils sont moins nombreux à se sentir 63,5% appréciés ou reconnus par les gens avec lesquels ils travaillent ou étudient 63,5%, contre 76,4% en 2018. En revanche, 30,4% des Français estiment avoir des possibilités de promotion contre 24,7% en 2018.
Le sentiment de compétition progresse dans la société : 29,8% estiment être en compétition avec leurs collègues ou camarades contre 22,5% en 2018. 56,2% ont le sentiment de pouvoir compter sur leurs collègues en cas de souci contre 69,3% en 2018.
Concernant l’équilibre vie privée/vie professionnelle, 63% des Français réussissent à concilier les deux contre 71,5% en 2018. La sensation de temps en dehors du travail s’en ressent avec 49,8% de Français qui n’ont pas suffisamment de temps pour leur vie personnelle contre 61,6% en 2018.
 
Eclairage Michel Wieviorka
Cette perte de sens spectaculaire est à relier avec la sortie de l’ère industrielle classique, au déclin du capitalisme et à la poussée de l’individualisme qui fabrique de la compétition. Dans un livre sur les inégalités, François Dubet montre qu’elles sont vécues personnellement et non pas au sein de larges classes sociales.
Le sentiment de ne pas avoir de temps pour la vie personnelle est impressionnant (+12 points), on est dans le « présentisme » de Hartog, une théorie selon laquelle seul le présent existe, avec une double compression du temps et de l’espace théorisée par le géographe américain David Harvey.
 
Rapport au monde politique qui bouge
34,2% des Français pensent que la démocratie fonctionne vraiment très bien en France, contre 27% l’année passée. 45,8% indiquent que le monde politique a encore les moyens de faire bouger les choses.
22% des Français ont confiance dans leurs gouvernants politiques pour tenter d’améliorer leur qualité de vie (+ 10 points sur 1 an).
Et 21,8% pour les gouvernants politiques européens, 16,4% pour les partis politiques et 25,9% pour les syndicats.
31% des Français ont le sentiment que l’Union européenne permet vraiment d’améliorer leurs droits sociaux (en hausse de 7 points). Mais 6 Français sur 10 se considèrent comme non représentés au Parlement européen.
 
Eclairage Michel Wieviorka
La politique a repris ses droits, malgré la quasi disparition de la droite et de la gauche classiques. Les Français aiment la politique et attendent que se reconstruise un système politique. Ils commencent à supputer sur les prochaines élections dont la prochaine présidentielle de 2022.
 
Système économique
63,6% pensent que les inégalités d’accès à l’emploi sont vraiment importantes (-17 points en 1 an). 39% des Français ont peur de connaître une longue période de chômage au cours de leur vie, c’est 14 points de moins en 1 an.
77,2% jugent que la finance prend une place trop importante dans la société (- 11 points en 1 an) et 44,7% des Français estiment que la mondialisation est une chance (+8 points en 1 an).
 
Mobilité et environnement
Pour 38,1% des Français, le coût de leurs déplacements est un problème pour leur budget. (-11 points en 1 an)
66,2% des Français ne sont pas satisfaits de leurs moyens de transport (-13 points).
76,4% des Français sont très inquiets de la dégradation de l’environnement.
 
Eclairage Michel Wieviorka
Cette étude montre bien cette contradiction entre deux perceptions de la société dans laquelle nous vivons : comment se tourner vers l’avenir, et ne pas laisser pour compte des pans entiers de la population ? Comment inventer une société plus juste et remettre en cause des avantages qui ne correspondent plus aux exigences des temps présents, mais qui ont été conquis de haute lutte ?
 
Une vision ambivalente du système de santé
Sur le report de soins, 18,6% des Français ont renoncé à aller chez un médecin généraliste pour raisons financières (+12 points en 4 ans) ; 67% trouvent le délai d’attente pour un spécialiste trop long. Et 68,2% des Français estiment que leur médecin généraliste contribue à améliorer leur vie (-13 points en 1 an).
Concernant l’accès aux soins, 55,4% des Français jugent le délai d’attente trop long pour être admis à l’hôpital (hors urgences et maternité). 58,9% indiquent qu’il y a suffisamment de structures hospitalières dans leurs régions (-11 points sur 1 an) et 45,2% des Français considèrent qu’il y a suffisamment de professionnels de santé dans leur région (-12 points sur 1 an).
Le rapport aux organismes de santé évolue : 49,6% des Français croient que la Sécurité sociale est utile pour améliorer leur quotidien et 40,7% pour les mutuelles. Des chiffres en baisse de 12 et 8 points en un an pour les deux entités citées au-dessus.
Malgré tout, 61,6% jugent le système de santé français d’excellente qualité (- 8 points sur 1 an).
L’inquiétude face au coût des médicaments et leur pénurie s’installe. 16,9% ont renoncé à l’achat de médicaments prescrits pour raisons financières au cours des 12 derniers mois (+10 points sur 4 ans). Et 23,4% des Français ont dû renoncer à des médicaments en raison de leur indisponibilité.
La perception de notre système de santé est fortement corrélée avec l’âge des individus : les – de 40 ans sont les plus sévères à considérer le système de santé comme étant de qualité : 53% ; les 40-59 ans : 65% et les + de 60 ans : 68%.
 
Eclairage Michel Wieviorka
En France, les plus âgés ont eu plus de chance que les jeunes générations. Ils sont conscients de vivre plus vieux et en bonne santé grâce aux progrès en matière de santé.
On peut dire également que les gilets jaunes ont mis le doigt sur le manque de médecins et la désertification médicale.
 
Comparaison avec les résultats belges (Wallonie et Bruxelles)
Lors du lancement en France de ce baromètre (2016), l’écart général de confiance et de bien-être entre les Belges et les Français était seulement de 0,2 (56,3 pour la Belgique et 56,5 pour la France). Les années suivantes ont été marquées par des écarts de 5,7 en 2017 (grande embellie française due à l’élection présidentielle) et 5,1 en 2018.
En 2019, l’indice s’établit désormais à 57,5 en France et 53,5 en Belgique, soit un écart de 3,9. 2016 mise à part, on observe donc un rapprochement progressif des résultats entre les deux pays. Cette année, tous les sous-indices de la France sont au-dessus de ceux de la Belgique.
 
 
Méthodologie : étude réalisée par l’Institut OpinionWay auprès de 1 001 personnes interrogées par téléphone et via Internet, en septembre 2019.


Retrouvez nos deux infographies résumant les résultats ci-dessous :